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CERVEAU BLESSÉ

qui est normal

 

En 1966, à Austin dans le Texas, un beau jeune homme à l’esprit vif, qui s’appelait Charles Whitman, a tiré sur sa femme et sa mère, les tuant toutes les deux, avant d’aller à l’université du Texas, où il a tué le réceptionniste. Montant au sommet de la tour de l’université, il a soigneusement visé et tué quatorze personnes, en blessant vingt quatre autres. Étant donné que Whitman a été abattu, il n’a jamais pu expliquer pourquoi il s’était lancé dans ce massacre.

Des psychologues, des psychologues de bistrot et les divers mass media se mirent à jongler avec les possibles : Whitman avait été affecté par le divorce de ses parents ; il était oppressé par ses études ; il avait été conditionné pour la violence, puisqu’il possédait des armes depuis son plus jeune âge. Le magazine Life décrivit le petit Charles posant fièrement, à l’âge de 2ans, dans le jardinet de ses parents, en tenant le fusil de son père.

Mais Whitman avait tenu un journal intime, et depuis quelques mois il y notait qu’il lui arrivait quelque chose de bizarre. Il s’était plaint de maux de tête, et avait dit à un psychiatre du campus qu’il lui était arrivé d’entrer dans de telles rages qu’il se sentait capable " de monter au sommet de la tour et de se mettre à tirer sur les gens ".

Une autopsie minutieuse du cerveau de Whitman révéla " une variété hautement maligne d’une tumeur primaire infiltrante du cerveau, dite glioblastoma multiforme ". Bien que le crâne de Whitman ait éclaté sous l’impact d’une rafale d’arme automatique, un des neurochirurgiens chargés de l’autopsie, William Sweet, affirma qu’à son avis la tumeur avait dû se trouver dans un lobe temporal, site où l’on trouve souvent des lésions du cerveau en liaison avec le comportement violent.

C’est un coup dur pour l’image que chacun a de soi, cette évidence de la fragilité de nos prétentions à être anormaux . On évalue à un quart de la population ceux qui ont des prédispositions génétiques à la schizophrénie; un quart est susceptible d’avoir des convulsions; plus de la moitié d’entre nous peuvent, dans certaines circonstances, être poussés à l’apoplexie; un million peut être d’Américains ont une épilepsie non diagnostiquée du lobe temporal; les alcooliques sont plusieurs millions... Il y a les hyperkinétiques... les séniles... un humain sur dix a un EEgramme arythmique. On peut paraphraser le vieux dicton : " Tout le monde est fou, y compris toi et moi.

Les commissions d’enquête qui s’occupent de violence gratuite cherchent à évaluer des facteurs évidents, tels que les programmes de télévision, la misère et la facilité effrayante à se procurer des armes aux États-Unis. Il est bien évident que les facteurs sociaux jouent un grand rôle dans la violence pour la violence, mais l’impulsivité et l’agressivité de millions de nos concitoyens peuvent aussi être dues à des anomalies du cerveau.

Dans notre lutte contre la criminalité, un diagnostic préventif; et des soins appropriés, pourraient être plus efficaces que les tribunaux pour adolescents et les éducateurs dans les prisons. Un psychiatre, Frank Ervin, et ses confrères neurologues du Massachusetts General Hospital, et du Boston General Hospital ont insisté pour que les conseillers, les psychiatres, les juges, les directeurs et les gardiens des prisons soient formés à reconnaître une manifestation de pathologie du cerveau quand ils en voient une. La police de la circulation aussi devrait savoir que la tendance à une conduite dangereuse chronique est souvent symptomatique d’une violence incontrôlable.

L’équipe de Boston cite le cas d’un brillant inventeur de 34 ans, dont le comportement était calme et aimable, sauf en des périodes récurrentes de conduite violente, apparues depuis une dizaine d’années. Cela commençait, chaque fois, par un petit désaccord avec sa femme ; il ruminait cela pendant une demi heure environ, et se menait ainsi à une explosion de brutalité pendant laquelle il lui arrivait de battre sa femme et ses enfants, ou de 1es brûler avec sa cigarette.

Sept ans durant, il avait suivi un traitement psychiatrique, sans résultat; fort heureusement, le troisième psychiatre était plus observateur et remarqua les symptômes subtils d’une épilepsie du lobe temporal : l’inventeur avait le regard fixe, claquait des lèvres, et répétait une phrase biscornue. Les médicaments anticonvulsifs n’eurent aucun effet, mais la stimulation électronique en eut. Une stimulation des amygdales, en un point précis, était douloureuse et donnait au patient l’impression de perdre pied, d’être sur le point de devenir agressif. Un point distant de quatre millimètres déclenchait une hyper relaxation euphorique ; l’inventeur dit qu’il avait l’impression que " la pièce devient plus grande et plus claire. J’ai l’impression de flotter sur un nuage .

L’euphorie durait trente six heures. Les médecins établirent un calendrier de stimulations électroniques qui stoppèrent le comportement agressif pendant trois mois. Puis, comme le besoin du traitement semblait persister, ils détruisirent un petit fragment de tissu cérébral. Le patient ne présenta plus de crises de violence pendant les deux années suivantes, dit la communication. Un autre patient, avec des symptômes analogues, fut mis à l’abri des crises pendant un an, par la seule stimulation, puis rechuta. Les médecins implantèrent des électrodes et insérèrent un petit stimulateur sous la peau; quand le patient sentait venir une attaque, il la faisait avorter en stimulant les régions cérébrales intéressées.

Un exemple sinistre de disfonctionnement cérébral est celui d’une jeune fille, Gloria, née de parents alcooliques. Ses parents adoptifs, qui l’avaient élevée, n’avaient rien à signaler jusqu’à ses 13ans, où elle devint " revêche et renfermée ". Un jour où ils lui reprochaient de faire marcher trop fort son électrophone, elle cassa tout dans sa chambre, arracha les rideaux et défonça la porte de sa chambre. Il fallut appeler la police pour la maîtriser. A partir de là, pour citer le rapport officiel, son comportement passait de l’ " angélique " au " satanique ". Et puis, le 11 mai 1967, elle "en eut assez " des cris de l’enfant de 6 mois de ses parents adoptifs et l’étouffa en lui mettant 1a tête dans un sac en plastique.

Placée dans un hôpital psychiatrique, elle tenta de se suicider, et aussi attaqua un jeune enfant. En apprenant que son frère, âgé de 23 ans, était enfermé pour violences et épilepsie, un psychiatre se demanda si elle n’avait pas une lésion organique du cerveau, et l’envoya au Massachusetts General Hospital, pour lui faire un examen neurologique. Tous les tests usuels furent normaux, et c’est presque par hasard que l’on constata des décharges anormales de l’hippocampe.

Gloria entre-temps, fit des aveux. Elle avait déjà étouffé un autre des enfants élevés par ses parents adoptifs, dont la mort avait été attribuée à une pneumonie. Les médecins lui posèrent alors des électrodes destinées à mesurer l’activité de la région douteuse, et tout en lui parlant gentiment suivaient le tracé de l’électroencéphalogramme qui resta normal jusqu’à l’instant où résonnèrent des pleurs d’enfants, enregistrées sur magnétophone. En quelques secondes, l’activité de ses ondes d’hippocampe fit apparaître un tracé de crise; un tracé anormal était apparu immédiatement, pour s’aggraver pendant une minute. Quand le magnétophone fut arrêté, l'électroencéphalogramme redevint normal.

 


Tiré de : Ferguson, M. (1974): "LA RÉVOLUTION DU CERVEAU", CalmanLevy

 

 


       

     

Tuesday 08 August 2000