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Couple en crise, enfants perdants.

La guerre des sexes, tant célébrée, était-elle une utopie? Question angoissante mais incontournable quand un mariage sur trois aboutit au divorce.<<Le couple moderne est devenu un champ de bataille >>,écrit Guy Corneau dans L'amour en guerre (Edition de L'homme ). Le psychanalyste, qui sonde les âmes et les cœurs, pose un diagnostique alarmant .Après 20 ans de révolution des mœurs, on ne compte plus les couples en crise. Cette guerre des sexes se résume à une question très simple: qui commande et qui obéit? Derrière l'éclatement se joue aussi le sort de la famille. Pour des milliers d'enfants, le divorce de leurs parents est un drame dont on commence à mesurer les répercussions, en particulier chez les jeunes élevés par un seul parent, la mère dans 80% des cas . Suicide, drogue, décrochage et violence qui ressemblent à un appel au secours. Après le succès de Père manquant, fils manqué(1000 exemplaires en huit langues)dans lequel il explorait sa propre relation avec son père, Guy Corneau à parcouru le Québec et l'Europe , donnant des conférences et dirigeant des ateliers. L'amour en guerre a pris forme dans la foulée de ses rencontres.<<Mais ce livre, dit il, je l'ai écris d'abord pour moi. J'ai 45 ans, je n'ai pas d'enfants et ma vie est loin d'être un succès au chapitre de l'amour. J'ai voulu comprendre pourquoi j'ai connu tant de difficultés dans mes relations de couple. Quand on côtoie la mort, la main qu'on nous tend, le repas qu'on nous prépare ,tout devient un cadeau. En me rendant compte à quel point j'étais vulnérable ,j'ai développé plus de respect pour la fragilité des êtres. Et me rendant compte à quel point j'étais vulnérable , j'ai développé plus de respect pour la fragilité des êtres. Et j'ai compris que les autres ne sont pas responsables de mes malheurs. J'avais été sur la défensive parce que je m'étais senti menacé en amour. >>

Connaît-on les répercussions du divorce sur les enfants des familles éclatées?

Ceux qui ont eu un père ou une mère substitue s'en tirent et ,dans certains cas, le divorce de leurs parents a permis un assainissement du climat familial. Les autres sont plus mal en point ,car ils ont des carences affectives. Surtout si le parent qui reste doit faire vivre la famille et à peu de temps à lui consacrer. Dans toutes les villes nord-américaines, les enfants à problèmes sont issus de familles monoparentales et défavorisées. Des chercheurs américains d'Harvard ont suivi des enfants de zéro à quinze ans. Ceux dont le père et la mère avaient joué avec eux avaient deux ans d'avance sur les autres tant sur le plan affectif que cognitif. Ils manquaient moins souvent l'école, avaient moins d'épisodes psychosomatiques et prenaient plus de responsabilités. Ils étaient armés contre le stress.

Êtes-vous en train de dire que les enfants élevés par une mère seule sont foutus?

La mère qui pense faire la job seule se trompe. Je lui dis;<<vous ne pouvez pas soutenir le développement de l'identité psychologique de vos enfants.>>Il faut que des modèles masculins circulent dans la famille monoparentale: un grand-père, un oncle ou un amoureux qui prend des responsabilités à l'égard des enfants. La mère seule doit admettre qu'elle à besoin d'aide. Il y a maintenant des associations de quartier qui fournissent des parents substituts en cas de nécessité. Quand l'un des deux parents s'en va, c'est la catastrophe pour les enfants.

Y a-t-il un rapport direct entre l'absence du père et les difficultés qu'éprouvent les jeunes?

La plupart des enfants qui ont manqué d'attention parentale ont un problème de dépendance: drogue, violence, jeu...Ceux qui ont été privés d'affection compensent par des objets et des substances. C'est un baume temporaire. Je travaille avec des jeunes toxicomanes. S'ils tombent amoureux ils ont la force d'arrêter de boire ou de consommer de la drogue. Mais c'est fragile. Quand cet amour éclate, souvent de façon violente ils rechutent. Je m'excuse d'être pessimiste, mais le problème de dépendance deviendra tellement aigu qu'on va devoir s'arrêter pour y penser.

L'émeute des jeunes à Québec, le 24 juin est elle un signe?

Les jeunes nous ont dit : <<Vous nous avez délaissés au profit de choses matérielles, eh bien! vos belles choses nous allons les casser. >> Ils nous crient notre désarroi. Comme nous ne respecteront plus ni les politiciens ni les prêtres et que les cadres sociaux ont éclaté, les jeunes n'ont pas de repères. On ne leur a pas transmis les valeurs d'intégrité, de loyauté d'honnêteté. Nous, nous avions des balises étouffantes. On nous disait que se masturber était un pêché mortel, mais le bien et le mal étaient définis de l'extérieur. Eux ils sont obligés de décider par eux mêmes. C'est angoissant. Des gars m'ont dit qu'ils avaient commencés à voler de l'argent dans le porte monnaie de leur mère pour s'acheter des amis. Après, ils se sont acheté des femmes et des chars. Ils s'achètent de l'amour. Combien de jeunes devront se suicider, combien de milliards de dollars faudra-t-il consacrer aux réformes de l'éducation avant de comprendre que le seul fait d'écouter pourrait nous éviter bien des impasses sociales ? Les adultes, les éducateurs et le gouvernement refusent d'aller à la source du problème, qui est d'ordre affectif. Le soutient aux familles monoparentales et les horaires de travail flexibles sont essentiels. Au lieu de les aider, on les cales. La détresse des jeunes nous le dit... On ne peut pas vivre dans une société où les éléments les plus vivants nous lancent qu'ils ne veulent plus de notre système.

Dites-vous aux mères de rentrer à la maison?

La délinquance est un cri d'alarme. Le foyer familial est un nid nécessaire à l'évolution de l'enfant. C'est là qu'il élabore son identité psychologique. Il faut le préserver. Ce qui ne veut pas dire que les femmes doivent cesser de travailler. Mais elles doivent aménager leur temps de manière que l'enfant ait l'impression d'exister. IL est certain que les mères qui travaillent sont devant un dilemme. Si elles refusent l'avancement, elles se confinent dans des emplois inférieurs. Peut-être vaut-il mieux pour elles retarder la venue des enfants? ou faire carrière quand ils seront plus grand? Elles ont des choix à faire.

Des choix que les hommes n'ont pas à faire....

Il y en a de plus en plus qui le font . J'en connais qui travaillent à mi temps pour être davantage avec leurs enfants. Des pères séparés, qui avant le divorce, n'étaient pas conscients de leurs responsabilités, car ils avaient leur servante à la maison. C'est terrible à dire , mais la crise nous a jeté dans l'eau bouillante. Qu'on soit un homme ou une femme, il faut savoir choisir. Ce n'est jamais une bonne idée d'en faire trop. On sacrifie forcément quelque chose ou quelqu'un.

En revenant au mariage, les jeunes n'idéalisent-ils pas le couple rejeté par leurs parents?

Ils rêvent d'un couple qui dure et se marient en blanc. L'amour est important et ils refusent que leurs enfants vivent ce qu'ils ont vécu. Mais ils s'illusionnent. Dans cinq ans ils divorceront. Ou alors, ils vivront ensemble comme des colocataires . Est-ce sain? Ce sont des aménagements qui répondent à leur souffrance. Il y a là un souci du bien de l'enfant qui n'est pas mauvais. Leurs enfants grandiront malgré tout entre un père et une mère qui se respectent et qui ont de la tendresse l'un pour l'autre.